Quelles réponses face aux nouvelles craintes et menaces alimentaires ?

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Les attentes en matière d’alimentation ont changé au cours des dernières années. Cette conférence Alter’Native Food de 2018 expose quelles sont les nouvelles éthiques alimentaires et quel est leur impact sur notre quotidien.

Quelles sont les différences de comportement alimentaire dans l’Histoire ?

On assiste à une méfiance grandissante à l’égard de l’industrie de l'alimentation

Nous assistons à une méfiance grandissante à l’égard de l’industrie de l'alimentation

On assiste aujourd’hui à une attention croissante portée sur l’alimentation. Dans les années de pénurie d’après-guerre, les besoins liés à l’alimentation étaient radicalement différents des nôtres. La société est ensuite entrée dans une ère de consommation de masse, avec un développement des grandes surfaces, super  et hypermarchés. Ces derniers ont été compris quasiment comme un service public, car les consommateurs disposaient d’une même qualité alimentaire partout dans l’Hexagone.

On assiste aujourd’hui à un renversement qui se manifeste par une méfiance à l’égard de l’alimentation. Ce mouvement de défiance vient de loin, car la société industrielle a toujours été critiquée. Aujourd’hui, cela se concentre sur l’alimentation, principalement en raison des attentes portées sur la santé et la question de l’environnement.

Les préoccupations alimentaires des français en quelques chiffres

Selon l’observatoire des éthiques alimentaires, environ 58% des français considèrent que la nourriture peut être potentiellement dangereuse. Le « bien manger » devient une priorité, il obéit au souhait des consommateurs de rester en bonne santé et de conserver ce capital santé le plus longtemps possible. Par ailleurs, 70% des personnes interrogées estiment qu’une bonne nourriture est plus efficace que les médicaments.

Le "bien manger" devient une priorité

70% des personnes interrogées estiment qu’une bonne nourriture est plus efficace que les médicaments.

Les impacts sociaux et environnementaux occupent aussi une part importante des préoccupations des français. Environ 70% des répondants estiment qu’il est important de connaître l’origine des aliments, et 63% d’entre eux portent une attention particulière aux méthodes de production.

Paradoxalement, alors que les vegans représentent seulement 0,4% de la population, ils bénéficient d’un bruit médiatique important. La majorité des français déclare manger de tout. Il existe donc une contradiction entre un mouvement qui rencontre un fort écho médiatique, un renouveau marketing sur les produits, et la réalité qui est que les français n’ont pas considérablement changé leurs habitudes.

Ils font cependant plus attention aujourd’hui, avec des paniers moyens plus faibles. Les consommateurs achètent moins de produits industriels, notamment les plats préparés et les surgelés. La plupart d’entre eux sont soit consommateurs de tout soit flexitariens, c’est-à-dire qu’ils ne mangent pas de la viande tous les jours. Nous revenons progressivement à une nourriture plus saine, qui correspond à nos besoins.

Les français sont essentiellement méfiants à l’égard des choses qu’ils ne voient pas, notamment des métaux lourds. Un français sur deux déclare avoir réduit ou supprimé la consommation d’un certain nombre d’aliments tels que le sucre, la viande, le blé, etc. Par ailleurs, 37% des individus disent rechercher une solution plus frugale, notamment dans le détox ou le jeûne.

L’alimentation devient un poids et la nourriture du quotidien est devenue un objet de méfiance, notamment en ce qui concerne la viande.

Quelles sont les quatre grandes éthiques alimentaires en France ?

Il existe quatre éthiques alimentaires dominantes dans l’Hexagone :

  • Les gens qui mangent de tout (62% de la population) : ils cherchent à bien s’alimenter, dans une logique de régime standard. Ils sont à la recherche du bien manger, du manger sain, des signes de naturalité, du caractère responsable de la production et de gages d’authenticité dans le produit.
  • Les opportunistes (20%) : ils déclarent avoir une alimentation « sans » et adoptent une posture sécuritaire. Ils mangent sans gluten, sans protéine de viande et excluent donc une partie des aliments. Ils se servent d’un mouvement idéologique pour prendre le pouvoir sur leur nourriture. Ils sont qualifiés d’« opportunistes », car à la différence des radicaux, ils s’inscrivent dans une logique individuelle.
  • Les radicaux (7%) : ils ont un projet collectif visant à changer le monde et la société, l’alimentation devient alors une règle de vie.
  • Les sensibilisés (11%) : généralement flexitariens, ils ont une mauvaise conscience alimentaire et rejoignent progressivement une forme de projet de société, en particulier en ce qui concerne la conscience animale.

Avec l’émergence de ces familles, le marché va gagner en goût et proposer des offres moins chères. Ces modes alimentaires vont se démocratiser et seront intégrés complètement dans l’alimentation du quotidien. Selon Nathalie Damery, il faut replacer le problème alimentaire : « il y a toujours eu des moments similaires, notamment à la fin du XIXe siècle lorsque les hygiénistes se sont emparés de la question de la nourriture, là aussi il fallait faire attention à la viande, manger plus de fruits et légumes. Nous sommes à nouveau dans ce creux, et le prochain creux sera sans doute celui de la FoodTech. »

Intervenante : Nathalie DAMERY, L'OBSOCO