Nouvelles alternatives food

Nouvelles alternatives food : légumineuses, protéines végétales, algues, insectes

Publié le - mis à jour le

Avec 9 milliards d'êtres humains attendus à l'horizon 2050, la demande en protéines devrait augmenter de 40%.

Céline LAISNEY
Céline LAISNEY

Légumineuses, protéines végétales, insectes ou algues, quels sont les moyens mis en place afin de relever le défi ? Où trouver des protéines ? Quelles sont les opportunités et les contraintes que représentent ces alternatives food pour les industriels ?

De nouvelles alternatives food en réponse à des attentes élevées

Sur la base de l’étude VIGIE Alimentation 2018, dont le sujet est « Les 10 grandes transformations du système alimentaire en 2030 », Céline Laisney présente 3 grandes tendances qui vont dans le sens d’une recherche de nouvelles alternatives food.

 

Salade de quinoa
Salade de quinoa

©F. FOUCHA, X. MUYARD, L. DHERINES

La montée des alimentations particulières avec l’arrivée de régimes spéciaux

On observe que les régimes spéciaux touchent une part croissante des consommateurs : soit en raison de santé - allergies et intolérances, soit par choix.

Dans l’Hexagone, on compte 3% de végétariens ; idem en Chine. Alors qu’au Brésil, les adeptes du végétarisme représentent 14% des consommateurs. La part des substituts sur le marché du lait représente 13% aux États-Unis et 7,5% en France. Quant aux substituts à la viande, c’est moins de 1% de part de marché, en France.

Autrement dit, les régimes spéciaux représentent un nouveau champ d’opportunités pour les acteurs du secteur alimentaire.

  

Une augmentation des cas de changement d’alimentation due à des allergies

Les enquêtes mettent en lumière des proportions considérables de personnes qui pensent souffrir d’une allergie ou d’une intolérance alimentaire. Dans le viseur ? Le gluten, évidemment, mais également les produits laitiers.

Par conséquent, en France, on a vu le marché des produits « sans » représenter 5% de part du marché. Aussi bien du côté des industriels que des commerçants, la prise en compte des intolérances alimentaires doit répondre à une demande croissante des consommateurs.

La crise de confiance alimentaire : tendance prégnante chez les consommateurs

L’étude « Food 360° » Kantar TNS, menée pour SIAL Paris 2018, montre que la France est un pays où la défiance est grande. Quels sont les critères à surveiller ? Le mode de production, l’origine des produits, l’existence de labels (bio, équitable, etc.), le bien-être animal, la rémunération de l’agriculteur et du producteur, etc. Tout autant de sujets qui nécessitent un partage d’informations accru.

Face à toutes ces nouvelles problématiques, plusieurs réponses se mettent en place avec un essor des protéines alternatives, ainsi que l’apparition de technologies pour informer le consommateur (QR Code, Blockchain, etc.).

 

Comment allons-nous nourrir le monde en 2050 et dès aujourd’hui ?

 

Comment augmenter dans des proportions importantes l’élevage ? L’aquaculture est en forte progression ; c’est certes une ressource intéressante, mais qui reste insuffisante pour le moment.

Les algues

 

Un bol d'algues
Un bol d'algues

© StockFood / Mèche, Hilde

Depuis 2013, la société ALGAMA fabrique des produits à base d’algues. Ses fondateurs revendiquent une mission d’évangélisation à l’égard des consommateurs. En 2018, il est toujours nécessaire de convaincre de l’importance de repenser la façon dont on se nourrit et l’impact écologique de la nourriture consommée.

Actuellement, 70% du marché des microalgues est occupé par la spiruline. Pourquoi ? Ce type d’algues contient 70% de protéines, mais aussi des minéraux et des vitamines. Sans compter que sa production nécessite 50 fois moins d’eau que la viande. Les avantages sont donc nombreux en faveur de la spiruline.

Cependant, la spiruline n’est rien moins que savoureuse. Il s’avère donc nécessaire de marier l’algue à d’autres ingrédients afin de profiter de sa haute dose en protéines, tout en ayant un produit agréable en bouche. Actuellement, la R&D autour des algues en tant que substituts à la protéine se développe. Ainsi, plusieurs essais sont menés et certains se révèlent fructueux. Par exemple, Algama a développé une mayonnaise vegan, dans laquelle l’œuf et toutes les graisses sont remplacés par des algues.

Le problème ? Le prix qui reste assez élevé. Comme on le constate régulièrement, le manque de connaissances et de maîtrises techniques font qu’il reste difficile pour les producteurs de diminuer le coût final.

 

Sauterelles grillées
Sauterelles grillées

© StockFood / Kuhlenkamp | SnackInsects

Les insectes

Autre champ de recherche : les insectes. En effet, un nombre croissant d’entreprises s’intéressent aux insectes pour nourrir non pas les consommateurs, mais le bétail. Voilà une solution qui pourrait répondre aux nouvelles exigences environnementales avec des besoins en eau moins importants lors de la phase de production notamment.

 

 

 

Les enjeux R&D des entreprises food

 

Plus largement, si la demande en substituts de protéines est exponentielle, plusieurs obstacles entravent son développement.

À ce sujet, Jean-Luc Perrot, directeur de Valorial, évoque les règlementations qui ne suivent pas assez vite, notamment dans le domaine des insectes. Cela peut parfois entraîner des incohérences ; par exemple, en France, on peut vendre des insectes, mais pas les produire.

Tourteaux de soja dans le Vermont
Tourteaux de soja dans le Vermont

© StockFood / Boch, William

Par ailleurs, la recherche se heurte à un déficit de connaissance, voire parfois à un déficit technique. En effet, la maîtrise des protéines alternatives rencontre de nombreuses difficultés dont le prix. Comment atteindre un prix final abordable pour le consommateur quand la matière première demande une production voire une transformation coûteuse ? Seule solution : une stratégie R&D à la pointe qui permettra de maîtriser les chaînes de production et de faire baisser les coûts.

Enfin, le directeur de Valorial évoque une question cruciale qui est celle de l’autonomie protéique des élevages et des exploitations agricoles. En vue d’y parvenir, le projet est de remplacer les tourteaux de soja (qui sont des produits d’importation en provenance d’Amérique du Nord et d’Amérique du Sud, principalement) par des légumineuses (comme le pois, le lupin ou encore la féverole).

En définitive, face à l’émergence de régimes spéciaux et de contraintes environnementales de plus en plus fortes, les industriels sont à la recherche de nouvelles alternatives food. Cela implique un budget conséquent – mais indispensable - dédié à la R&D dans le domaine de l’agroalimentaire.